Agadir : histoire, patrimoine et ce qu'il reste de la ville d'avant 1960
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Agadir : histoire, patrimoine et ce qu'il reste de la ville d'avant 1960

Fort portugais en 1505, forteresse saadienne en 1541, port endormi puis relancé, ville presque entièrement détruite dans la nuit du 29 février 1960 : l'histoire d'Agadir est faite de ruptures. Voici comment la lire, et où en retrouver les traces aujourd'hui.

L'équipe MoroccoMuseum9 octobre 202638 min de lecture
Sommaire

Agadir donne d’abord l’image d’une grande station balnéaire moderne. Ses larges avenues, ses hôtels, ses immeubles clairs et sa longue promenade face à l’Atlantique semblent raconter l’histoire d’une ville tournée vers le tourisme et la vie contemporaine. Pourtant, cette apparence ne révèle qu’une partie de son identité. Pour comprendre Agadir, il faut aussi s’intéresser à ce qui a disparu, aux quartiers engloutis par la catastrophe de 1960 et aux traces qui subsistent sur la colline dominant la baie.

La ville que l’on découvre aujourd’hui est, pour une large part, le résultat d’une reconstruction. Le séisme du 29 février 1960 a détruit une grande partie de l’ancienne agglomération et profondément bouleversé la vie de ses habitants. La nouvelle ville a été édifiée un peu plus au sud, selon des principes d’urbanisme modernes. Cette rupture explique pourquoi Agadir ne ressemble pas à d’autres villes historiques du Maroc, où les médinas, les portes monumentales et les quartiers anciens constituent encore le cœur du paysage urbain.

Mais l’histoire d’Agadir ne commence pas en 1960. Bien avant de devenir une destination touristique internationale, elle fut un point stratégique sur la côte atlantique, une place fortifiée disputée par les Portugais et les dynasties marocaines, puis un port commercial relié aux échanges entre le Souss, l’Europe et le reste du Maroc. Au XXe siècle, son nom a également occupé une place importante dans l’histoire diplomatique européenne.

Aujourd’hui, plusieurs lieux permettent de retrouver les différentes étapes de ce passé : la Kasbah d’Agadir Oufella, les musées consacrés à la mémoire de la catastrophe, les espaces culturels et les quartiers de la ville nouvelle. Ils ne remplacent pas l’ancienne Agadir, mais ils aident à comprendre comment une cité disparue continue de façonner l’identité de la ville actuelle.

Ce guide retrace les grandes étapes de l’histoire d’Agadir, des premières mentions de son nom à sa transformation en métropole régionale. Il présente également les lieux à visiter pour découvrir son patrimoine, comprendre le séisme de 1960 et mieux saisir les liens qui unissent Agadir à l’histoire du Souss et à la culture amazighe.

1. Agadir : un nom amazigh lié à la fortification

Avant d’être le nom d’une grande ville marocaine, le mot « agadir » désigne une réalité architecturale et sociale. Dans les langues amazighes, il peut renvoyer à un mur, un enclos, un bâtiment fortifié ou une citadelle. Le terme est notamment associé à des constructions collectives destinées à protéger des biens, des réserves alimentaires ou des ressources appartenant à une communauté.

Cette signification permet de comprendre la dimension stratégique du nom. Dans une région où les reliefs, les vallées, les routes commerciales et les accès à l’eau ont longtemps déterminé l’organisation des établissements humains, les structures fortifiées occupaient une place importante. Le nom d’Agadir rappelle ainsi un univers dans lequel la protection, le contrôle du territoire et la conservation des ressources étaient essentiels.

Le nom complet parfois employé pour désigner l’ancienne forteresse, Agadir Oufella, signifie « la forteresse du haut ». L’expression fait référence à sa position dominante sur la colline qui surplombe la baie. Elle permet aussi de distinguer la citadelle des quartiers situés plus bas, au bord de la mer ou sur les plateaux voisins.

Le mot « agadir » se retrouve dans plusieurs localités marocaines. Il ne désigne donc pas exclusivement la ville atlantique du Souss. Cette présence dans différents territoires témoigne de l’importance historique des structures fortifiées dans l’organisation des sociétés amazighes.

Pour les visiteurs, cette dimension linguistique constitue une première clé de lecture. Agadir n’est pas seulement une ville portuaire dont l’histoire aurait été façonnée par les puissances étrangères. Son nom appartient à un patrimoine amazigh plus ancien, qui relie le site à une histoire régionale dépassant largement les limites de l’agglomération actuelle.

La culture amazighe du Souss reste d’ailleurs un élément essentiel de l’identité locale. Elle se manifeste dans les langues, les traditions artisanales, la musique, les bijoux, les pratiques agricoles et les relations historiques entre les villages de l’arrière-pays et les centres urbains de la région.

Pour approfondir cet aspect culturel, consultez notre guide consacré à la culture amazighe du Souss.

2. Avant l’arrivée des Portugais : une position stratégique sur l’Atlantique

L’histoire documentée d’Agadir s’inscrit dans celle du Souss, une région qui entretient depuis longtemps des relations avec l’intérieur du Maroc, les routes caravanières et les espaces commerciaux atlantiques. La baie constitue un point de contact entre la façade maritime et les territoires situés au sud de l’Atlas.

Une ancienne carte datée de 1325 mentionne, dans la région, un lieu appelé Porto Mesegina, dont le nom est associé à la tribu des Mesguina. Cette référence rappelle que les navigateurs et les cartographes s’intéressaient déjà à cette partie de la côte bien avant la fondation de la colonie portugaise.

Les sources historiques évoquent ensuite une localité connue sous le nom d’Agadir al-Harba, mentionné au début du XVIe siècle. Les informations disponibles sur cette période ne permettent pas toujours de reconstituer avec précision l’organisation de l’établissement, sa population ou l’étendue de ses activités. Il est néanmoins clair que le site possédait un intérêt géographique et stratégique.

La région du Souss occupait une position particulière dans les échanges marocains. Elle reliait des espaces agricoles, des zones de montagne, des territoires de production et des routes conduisant vers la côte. Les produits issus de l’arrière-pays pouvaient être acheminés vers les ports, tandis que les marchandises venues de l’extérieur pénétraient dans les circuits commerciaux régionaux.

La proximité de l’océan ne suffisait cependant pas à garantir la prospérité d’un port. La sécurité de la baie, la capacité à contrôler les accès, les relations avec les populations environnantes et les décisions politiques jouaient également un rôle déterminant. La future Agadir se trouvait précisément au croisement de ces enjeux.

À partir du XVe siècle, les puissances européennes cherchent à consolider leur présence sur les côtes marocaines. Le Portugal occupe plusieurs positions stratégiques, notamment dans le cadre de son expansion maritime et commerciale. Les ports permettent de sécuriser les routes de navigation, de faciliter les échanges et de soutenir les ambitions politiques de la Couronne.

La baie d’Agadir devient alors un enjeu de contrôle. Sa situation en fait un point d’appui intéressant sur la côte atlantique, mais son occupation se heurte rapidement à la résistance des populations et des pouvoirs locaux. L’histoire de la ville entre ainsi dans une période de rivalités militaires et commerciales qui va transformer durablement son destin.

3. 1505-1541 : Santa Cruz do Cabo do Gué, la période portugaise

En 1505, le noble portugais João Lopes de Sequeira s’installe dans la baie et fait construire un château de bois au pied d’une colline, à proximité d’une source. Cette installation marque une étape importante dans l’histoire du site. Elle donne naissance à la colonie de Santa Cruz do Cabo do Gué, dont le nom portugais fait référence à Santa Cruz et au cap.

Le choix de l’emplacement répond à des considérations pratiques et stratégiques. La proximité de l’eau constitue un avantage essentiel pour une implantation durable. La colline offre quant à elle une position dominante permettant de surveiller les environs et de défendre l’établissement.

La présence portugaise ne se limite pas à une construction isolée. Elle s’inscrit dans une politique plus large de contrôle des points côtiers du Maroc. Les autorités portugaises cherchent à renforcer leur présence maritime, à protéger leurs intérêts commerciaux et à établir des positions capables de résister aux pressions locales.

Le château est racheté par le roi du Portugal le 25 janvier 1513. Cette acquisition confirme l’importance que la Couronne accorde à la place. L’établissement devient un point d’appui officiel dans la stratégie portugaise sur la côte atlantique marocaine.

Le souvenir de cette période demeure notamment dans le nom de Founty, quartier situé près du front de mer. Le toponyme est généralement rapproché du mot portugais fonte, qui signifie « fontaine » ou « source ». Il rappelle la présence de l’eau à proximité de l’ancienne implantation.

Une présence étrangère contestée

L’installation portugaise provoque l’hostilité des populations du Souss. Le contrôle d’un port ne constitue pas seulement une question militaire : il touche aussi aux échanges commerciaux, à la circulation des marchandises et à l’équilibre politique de la région.

Pendant plusieurs années, les forces locales organisent un blocus économique et militaire. Cette pression réduit les possibilités d’approvisionnement et fragilise la position portugaise. Le site, malgré ses défenses, reste dépendant des relations qu’il entretient avec son environnement.

La lutte pour le contrôle d’Agadir se déroule dans un contexte de transformation politique du Maroc. La dynastie saadienne renforce progressivement son autorité et cherche à limiter les implantations étrangères. La colline dominant la baie devient un élément décisif de cette confrontation.

En 1540, le sultan saadien Mohammed ech-Cheikh prend position sur les hauteurs qui surplombent la forteresse. Il y fait installer de l’artillerie, préparant ainsi une attaque contre l’établissement portugais. Le relief donne un avantage militaire aux assaillants : depuis les hauteurs, ils peuvent exercer une pression directe sur les défenses situées plus bas.

Le siège commence le 16 février 1541 et s’achève le 12 mars de la même année par une victoire marocaine. Environ six cents Portugais sont faits prisonniers, parmi lesquels le gouverneur Guterre de Monroy et sa fille Dona Mecia.

La reprise d’Agadir constitue un événement majeur dans l’histoire de la région. Elle montre que la domination portugaise sur les côtes marocaines n’est ni uniforme ni irréversible. Les établissements étrangers restent vulnérables lorsque les populations locales et les pouvoirs politiques organisent une résistance durable.

Après cette défaite, le Portugal abandonne plusieurs de ses positions au Maroc. Agadir, Safi et Azemmour figurent parmi les places perdues. Au milieu du XVIe siècle, les possessions portugaises se réduisent considérablement, même si Mazagan, Tanger et Ceuta restent encore sous contrôle portugais à cette époque.

Pour comprendre l’histoire d’Agadir, cette période est fondamentale. Elle explique l’importance militaire de la colline, mais aussi le rôle de la ville dans les rivalités qui opposent les puissances européennes aux dynasties marocaines. Le site de la Kasbah demeure aujourd’hui le principal lieu où cette histoire peut être replacée dans son environnement géographique.

4. La Kasbah saadienne : une forteresse au-dessus de la baie

Après la victoire de 1541, l’ancien établissement portugais reste inoccupé pendant plusieurs années. La colline ne perd toutefois pas son intérêt stratégique. Sa position dominante continue d’offrir un avantage pour surveiller la côte et contrôler les accès à la baie.

Sous le règne du sultan Abdallah al-Ghalib, entre 1557 et 1574, une nouvelle forteresse est construite au sommet. Elle devient la Kasbah d’Agadir Oufella, qui constitue aujourd’hui l’un des principaux témoins matériels de l’histoire ancienne de la ville.

La forteresse est installée sur un relief qui permet d’observer une grande partie de la baie. Depuis ses hauteurs, le regard porte sur l’océan, la plage, le port et l’agglomération contemporaine. Cette position explique l’importance du lieu dans les stratégies de défense et de contrôle du territoire.

Mais la Kasbah n’était pas uniquement une installation militaire. Avant le séisme de 1960, elle formait un quartier habité, doté d’équipements collectifs et de lieux de culte. On y trouvait notamment une grande mosquée, un hôpital, un quartier juif et plusieurs sanctuaires. La vie quotidienne s’organisait donc à l’intérieur d’un espace fortifié qui réunissait des fonctions défensives, religieuses et résidentielles.

Cette réalité est importante pour éviter de réduire la Kasbah à ses remparts. La colline abritait une communauté et un ensemble de lieux qui participaient à l’organisation de la ville. Les murs que l’on observe aujourd’hui sont les vestiges d’un espace urbain disparu, et non ceux d’une simple forteresse isolée.

La Kasbah est classée monument historique en 1932. Elle fait ensuite l’objet de travaux de restauration en 2002, puis d’une nouvelle phase de rénovation en 2020. Ces interventions témoignent de la volonté de préserver ce qui subsiste de l’ancien Agadir et de rendre le site accessible aux visiteurs.

Visiter Agadir Oufella aujourd’hui

La visite de la Kasbah permet de découvrir l’un des rares lieux où la géographie historique d’Agadir reste directement lisible. La colline offre un point de vue remarquable sur la baie et sur la ville reconstruite. Elle permet aussi de mesurer la distance entre l’ancien noyau urbain et les quartiers développés après 1960.

Il faut toutefois garder à l’esprit que les vestiges visibles ne représentent qu’une partie de ce qui existait avant le séisme. La catastrophe a profondément modifié le site, et les ruines actuelles ne permettent pas à elles seules de restituer l’ensemble du quartier ancien.

Pour une visite plus complète, il est intéressant d’associer la Kasbah à un musée consacré à la mémoire de la ville. Cette combinaison permet de mettre en relation le paysage, les vestiges architecturaux et les documents historiques.

Retrouvez les informations consacrées au monument dans notre fiche de la Kasbah d’Agadir Oufella.

5. Du XVIIe siècle au XVIIIe siècle : Agadir, port de commerce

Après la période portugaise et la construction de la forteresse saadienne, Agadir retrouve progressivement une fonction commerciale importante. Au XVIIe siècle, sous l’influence de la dynastie du Tazerwalt, le port devient un point d’échange entre le Souss et plusieurs marchés européens.

Les échanges concernent notamment le sucre, la cire, le cuivre et les peaux. En contrepartie, des armes et des textiles européens entrent dans les circuits commerciaux. Ces marchandises témoignent de la diversité des relations entretenues par le port avec les marchés extérieurs.

Agadir ne possède pas nécessairement les infrastructures d’un grand port moderne. Les opérations de chargement et de déchargement se déroulent dans des conditions différentes de celles que l’on connaît aujourd’hui, sans véritable quai comparable aux installations portuaires contemporaines. La baie joue néanmoins un rôle économique important grâce à sa situation et à ses relations avec l’arrière-pays.

La prospérité d’un port dépend alors de plusieurs facteurs : la stabilité politique, la sécurité des routes, la demande extérieure, les possibilités d’approvisionnement et les décisions prises par les autorités. Agadir se trouve au cœur de ces équilibres, mais reste exposée aux changements de pouvoir et aux catastrophes naturelles.

Au XVIIIe siècle, un séisme détruit entièrement la ville, selon les chronologies historiques généralement rapportées pour cette période. L’année 1731 est parfois avancée dans les sources consultées, mais les détails de cette catastrophe méritent d’être distingués des événements beaucoup mieux documentés de 1960.

Les destructions fragilisent l’établissement et contribuent à la remise en question de son rôle commercial. Dans ce contexte, la fermeture du port est ordonnée au profit d’Essaouira, qui devient un centre important du commerce maritime sous le règne du sultan Mohammed ben Abdallah.

Ce déplacement des activités a des conséquences durables. Le commerce, les investissements et les flux de marchandises se réorientent vers un autre port. Agadir perd progressivement une partie de son importance économique et entre dans une longue période de déclin.

Cette phase rappelle que l’histoire de la ville n’est pas une succession continue de croissance. Son développement dépend de décisions politiques, de la concurrence entre les ports et des conditions naturelles. Le site, qui avait bénéficié de sa position stratégique, peut aussi perdre son rôle lorsque les routes commerciales et les priorités du pouvoir changent.

6. De 1760 à la fin du XIXe siècle : une longue période de déclin

À partir de 1760, le sultan Mohammed ben Abdallah privilégie le développement d’Essaouira. Ce choix s’inscrit notamment dans une volonté de renforcer le contrôle du commerce maritime et de réorganiser les relations entre le pouvoir central et les territoires du sud.

Le Souss traverse une période de tensions politiques. La région s’est opposée à l’autorité du sultan, et la réorientation des échanges contribue à réduire l’importance d’Agadir. Pendant près d’un siècle et demi, la ville ne retrouve pas le dynamisme commercial qui avait marqué certaines périodes de son histoire.

Les descriptions de voyageurs européens donnent une idée de cet affaiblissement. En 1789, un voyageur évoque une ville presque fantôme, où ne subsistent que quelques maisons en ruine. En 1884, Charles de Foucauld décrit un village pauvre, peu peuplé et dépourvu d’activité commerciale notable, malgré une enceinte blanche qui lui conserve l’apparence d’une ville.

Ces témoignages doivent être replacés dans leur contexte. Ils offrent un regard extérieur sur Agadir à une période de déclin, mais ne suffisent pas à résumer toute la vie des habitants ni les relations entretenues par la région avec les territoires environnants. Une ville peut perdre son importance portuaire sans que toute forme d’activité humaine disparaisse.

En 1881, le sultan Hassan Ier ordonne la réouverture du port au commerce. Cette décision répond notamment aux besoins de ravitaillement des expéditions menées dans le sud, en particulier celles de 1882 et de 1886. Le port retrouve ainsi une fonction liée à la présence de l’autorité marocaine dans la région.

La réouverture ne signifie pas pour autant un retour immédiat à la prospérité des siècles précédents. Agadir reste une localité de dimensions modestes, dont l’évolution dépend largement des choix politiques et des transformations économiques du Maroc.

À la fin du XIXe siècle, son avenir demeure donc incertain. Le site conserve sa valeur géographique et stratégique, mais il ne possède pas encore les infrastructures qui feront de lui une ville moderne au XXe siècle.

Cette longue période de recul est essentielle pour comprendre la trajectoire d’Agadir. Avant de devenir un port industriel et une destination touristique, la ville a connu des siècles de rivalités, de changements commerciaux et de difficultés. Son développement contemporain ne constitue pas la simple continuation d’une prospérité ancienne : il correspond à une nouvelle phase, marquée par les transformations politiques du Maroc et par la modernisation des infrastructures.

7. 1911 : la crise d’Agadir, un épisode majeur de l’histoire européenne

Le nom d’Agadir dépasse les frontières du Maroc en 1911. Cette année-là, la ville devient le théâtre d’une crise diplomatique opposant principalement l’Allemagne et la France, avec l’intervention déterminante du Royaume-Uni.

Le 1er juillet 1911, l’Allemagne envoie la canonnière Panther dans la baie d’Agadir. Le gouvernement allemand justifie cette présence par la nécessité de protéger des intérêts et des sociétés allemandes dans la vallée du Souss. Le croiseur Berlin rejoint ensuite le dispositif.

La présence de navires de guerre allemands dans un port marocain provoque une vive réaction internationale. Derrière l’argument de la protection des ressortissants et des intérêts commerciaux se trouvent des enjeux plus larges : l’influence européenne au Maroc, les ambitions coloniales et l’équilibre diplomatique entre les grandes puissances.

La France cherche alors à renforcer sa position dans le pays. L’Allemagne conteste certains aspects de cette évolution et souhaite obtenir des garanties et des compensations. L’arrivée des navires allemands à Agadir transforme un différend diplomatique en crise internationale.

Le Royaume-Uni s’inquiète de la possibilité qu’une puissance rivale obtienne une position stratégique sur la côte atlantique marocaine. La crise fait craindre un conflit armé européen. Les négociations qui suivent cherchent à éviter une escalade tout en réglant les différends entre les puissances.

Un accord franco-allemand est signé le 4 novembre 1911. L’Allemagne accepte de ne pas s’opposer à l’établissement de la domination française au Maroc, en échange de compensations territoriales en Afrique équatoriale française. L’accord ouvre la voie à une consolidation de l’influence française dans le pays.

En 1912, le protectorat français est établi au Maroc. Les troupes françaises débarquent à Agadir le 15 juin 1913, marquant une nouvelle étape dans l’histoire locale.

Pourquoi la crise d’Agadir est-elle importante ?

La crise de 1911 montre à quel point le Maroc se trouve alors au centre des rivalités impériales européennes. Une baie relativement éloignée des grands centres diplomatiques devient un enjeu international en raison de sa position stratégique et de la compétition entre puissances.

Elle rappelle également que l’histoire d’Agadir ne se limite pas à une histoire locale. Le nom de la ville est associé à un épisode qui a contribué à transformer les relations entre les États européens et à accélérer l’évolution politique du Maroc.

Pour les visiteurs intéressés par l’histoire, la crise d’Agadir apporte une autre dimension à la découverte de la ville. La baie n’est pas seulement un paysage balnéaire : elle fut aussi un espace où se sont joués des enjeux diplomatiques qui dépassaient largement le Souss.

8. Du protectorat aux années 1950 : la naissance d’une ville moderne

Au début du protectorat français, Agadir reste une agglomération de taille modeste. En 1913, les secteurs d’Agadir Oufella et de Founty comptent ensemble moins de mille habitants. La ville se développe progressivement autour du port, des activités commerciales et de nouveaux quartiers.

Une première jetée est construite près de Founty en 1916. Après 1920, les infrastructures portuaires se développent davantage. Cette évolution renforce la relation entre la ville et l’océan et prépare la croissance économique des décennies suivantes.

Sur le plateau, au pied de la colline, le quartier de Talborjt prend forme. Il devient l’un des principaux quartiers de l’ancienne ville, avec ses rues, ses commerces et ses espaces de vie. Le quartier populaire de Yachech apparaît à son tour quelques années plus tard.

Ces secteurs jouent un rôle important dans la vie quotidienne d’Agadir avant 1960. Ils accueillent des habitants aux activités diverses et contribuent à la formation d’une agglomération plus structurée. Leur disparition ou leur destruction lors du séisme constitue aujourd’hui l’une des dimensions les plus marquantes de la mémoire collective.

Agadir et l’Aéropostale

Vers 1930, Agadir devient une escale de l’Aéropostale, réseau aérien qui contribue au développement des liaisons entre l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Afrique occidentale. Les noms d’Antoine de Saint-Exupéry et de Jean Mermoz sont associés à cette histoire de l’aviation postale.

L’aviation renforce la place d’Agadir dans les réseaux de circulation de l’époque. La ville n’est plus seulement reliée aux territoires voisins par les routes terrestres et la mer : elle participe aussi à une nouvelle organisation des échanges fondée sur les liaisons aériennes.

Le développement urbain

À partir de 1930, un centre moderne est conçu selon des plans associés à l’urbaniste Henri Prost et à son adjoint Albert Laprade. L’organisation urbaine privilégie une forme ouverte sur le front de mer, avec un tracé en fer à cheval. Ce modèle contraste avec les structures plus anciennes, dont l’organisation répondait à d’autres logiques historiques et défensives.

Dans les années 1950, l’urbanisation se poursuit sous la direction de Michel Ecochard. Le port de commerce, la pêche, l’industrie de la conserve, l’agriculture et les activités minières soutiennent l’expansion de la ville. Agadir attire de nouveaux habitants et se transforme progressivement en centre économique régional.

Le tourisme commence également à occuper une place plus visible. La baie, le climat et la plage offrent des possibilités de développement, même si la ville n’a pas encore atteint l’ampleur touristique qu’elle connaîtra dans les décennies suivantes.

Agadir accueille le Grand Prix d’Agadir de 1950 à 1956, puis le Grand Prix du Maroc de 1954 à 1956. Ces événements participent à sa visibilité internationale et témoignent de l’ouverture de la ville à de nouvelles formes de loisirs et de rassemblements.

En 1959, le port reçoit le yacht d’Aristote Onassis et son invité Winston Churchill. Agadir compte alors plus de 40 000 habitants. La ville connaît une phase de croissance qui semble annoncer un avenir de développement économique et touristique.

Mais cette trajectoire est brutalement interrompue le 29 février 1960. En quelques secondes, le séisme transforme profondément le paysage urbain et détruit une grande partie de ce qui avait été construit au cours des décennies précédentes.

9. Le 29 février 1960 : la catastrophe qui transforme Agadir

À 23 h 40, le 29 février 1960, un violent séisme frappe Agadir. La magnitude est estimée autour de 5,8, mais la proximité du foyer et la faible profondeur du séisme provoquent des secousses particulièrement destructrices en surface.

La catastrophe survient pendant le mois de Ramadan, au troisième jour du mois selon les chronologies généralement rapportées. Une grande partie de la population se trouve chez elle au moment où les bâtiments s’effondrent. Les quartiers anciens et plusieurs secteurs construits rapidement au cours des années précédentes sont particulièrement touchés.

Le bilan humain est considérable. Les estimations varient selon les sources, mais le nombre de morts est généralement situé entre 12 000 et 15 000. Des dizaines de milliers de personnes se retrouvent sans abri. Pour une ville qui compte alors un peu plus de 40 000 habitants, l’ampleur des pertes est immense.

La catastrophe détruit des hôtels, des immeubles, des marchés, des bureaux et des habitations. Des quartiers entiers sont transformés en amas de gravats. La Kasbah, déjà ancienne et fragilisée, s’effondre en partie sur le flanc de la colline. Les secteurs de Founty, de la Kasbah, de Yachech et de Talborjt figurent parmi les plus durement touchés.

Près de 70 % de la ville est en ruines selon les estimations couramment citées. Les rues et les bâtiments qui structuraient la vie quotidienne disparaissent en grande partie. Les survivants doivent faire face à la perte de proches, à la destruction de leur logement et à la disparition des repères qui organisaient leur quartier.

Pourquoi les destructions ont-elles été si importantes ?

La violence des conséquences ne s’explique pas uniquement par la magnitude du séisme. La proximité du foyer par rapport à la ville et la faible profondeur de l’événement ont amplifié les secousses ressenties à la surface.

Les conditions de construction ont également joué un rôle majeur. Une partie de l’expansion urbaine avait été réalisée rapidement entre 1945 et 1955, sans prise en compte suffisante du risque sismique. De nombreux bâtiments, notamment dans les secteurs les plus vulnérables, n’étaient pas conçus pour résister à des secousses de cette intensité.

Certaines constructions en terre crue se sont effondrées, réduites en poussière sous l'effet du séisme. D’autres bâtiments se sont écroulés ou ont subi des dégâts si importants qu’ils ne pouvaient plus être utilisés. La catastrophe a ainsi révélé la fragilité d’une partie du tissu urbain.

L’effondrement de la Kasbah a aussi une portée symbolique. Le site qui avait dominé la baie pendant des siècles, témoin des rivalités entre Portugais et dynasties marocaines, est lui-même frappé par la catastrophe. Le séisme ne détruit donc pas seulement des logements : il bouleverse également la relation matérielle entre la ville et son histoire.

Les secours et l’évacuation

Après le séisme, les secours s’organisent dans des conditions extrêmement difficiles. Les gravats compliquent l’accès aux bâtiments et les opérations de recherche. L’armée marocaine participe aux interventions, aux côtés de moyens militaires français et américains. Des avions militaires français et américains ainsi que la marine américaine contribuent aux opérations de secours.

Le roi Mohammed V appelle les villes du Maroc à envoyer de l’aide. La solidarité nationale joue un rôle important dans la réponse à la catastrophe. Les besoins sont immenses : retrouver les survivants, soigner les blessés, fournir de l’eau et des vivres, organiser des abris et limiter les risques sanitaires.

Deux jours après le séisme, l’évacuation de la ville est organisée afin de prévenir les épidémies et de réduire les dangers liés à la situation sanitaire. Les habitants doivent quitter un espace devenu largement inhabitable, tandis que les autorités évaluent l’ampleur des destructions et les possibilités de reconstruction.

Une ville disparue, une mémoire toujours présente

Le séisme de 1960 marque une rupture profonde dans l’histoire d’Agadir. Les survivants perdent parfois leurs maisons, leurs commerces, leurs voisins et les lieux qui structuraient leur vie. Les quartiers détruits ne sont pas seulement des espaces sur une carte : ils représentent des souvenirs familiaux, des habitudes quotidiennes et des communautés.

La disparition de l’ancienne ville explique pourquoi la mémoire occupe une place si importante dans le patrimoine d’Agadir. Dans d’autres cités marocaines, le visiteur peut suivre l’évolution historique à travers des ruelles anciennes, des portes, des maisons et des monuments préservés. À Agadir, une grande partie de cette continuité a été interrompue.

Il faut donc compléter la visite des vestiges par celle des musées et des espaces de mémoire. Les photographies, les archives, les témoignages et les documents permettent de retrouver une ville dont le paysage a été profondément transformé.

Pour mieux comprendre cette histoire, la visite de la Kasbah d’Agadir Oufella peut être associée au Musée de la Reconstruction d’Agadir.

10. La reconstruction : bâtir une nouvelle Agadir

Après la catastrophe, une question essentielle se pose : faut-il reconstruire la ville sur ses ruines ou choisir un nouveau site ? La solution retenue consiste à développer la nouvelle Agadir environ 1,6 kilomètre au sud de l’ancienne agglomération.

Cette décision transforme durablement l’organisation urbaine. La ville nouvelle est conçue selon des principes modernes, avec des avenues plus larges, des espaces structurés et une organisation adaptée aux objectifs de reconstruction. Le déplacement du centre urbain contribue à expliquer le contraste entre les vestiges de l’ancienne ville et le paysage contemporain.

Plusieurs architectes associés au groupe GAMMA participent à cette reconstruction, notamment Jean-François Zevaco, Élie Azagury, Pierre Coldefy et Claude Verdugo. Le Corbusier est également consulté. Les architectes et les urbanistes doivent répondre à une situation exceptionnelle : reconstruire une ville détruite, accueillir une population traumatisée et concevoir un ensemble urbain capable de soutenir de nouvelles activités.

La reconstruction ne consiste pas uniquement à remplacer les bâtiments détruits. Elle modifie les formes urbaines, les axes de circulation, la répartition des quartiers et la relation entre les espaces résidentiels, les activités économiques et le front de mer.

La nouvelle Agadir se développe progressivement autour du port, de la pêche, des activités commerciales, de l’industrie et du tourisme. La baie devient un atout majeur pour l’économie de la ville. La plage, longue de plus de dix kilomètres, contribue à faire d’Agadir une destination touristique importante au Maroc.

Dans les années 1980, le port acquiert une place majeure dans l’industrie sardinière et Agadir est souvent présentée comme le premier port sardinier du monde. Cette réputation reflète le poids de la pêche dans l’économie locale et le rôle de la ville dans les circuits de transformation et de commercialisation des produits de la mer.

Au fil des décennies, l’agglomération s’étend. Elle devient un centre régional pour les services, le commerce, le tourisme, l’agriculture et les activités portuaires. La commune compte 504 768 habitants au recensement de 2024, selon les chiffres cités pour cette division administrative.

Agadir est ainsi devenue une grande ville contemporaine dont l’identité repose sur plusieurs dimensions : son histoire ancienne, la catastrophe de 1960, la reconstruction, la pêche, le tourisme et les relations avec l’arrière-pays du Souss.

Une architecture qui raconte la reconstruction

L’architecture moderne d’Agadir est souvent moins connue que ses plages. Pourtant, elle constitue un témoignage important de l’histoire du XXe siècle. Les avenues, les ensembles résidentiels et les bâtiments de la ville nouvelle racontent la volonté de reconstruire rapidement tout en repensant l’organisation urbaine.

Cette architecture ne doit pas être considérée comme un simple décor fonctionnel. Elle exprime une réponse à une catastrophe et à la nécessité de créer un nouveau cadre de vie. Le patrimoine d’Agadir ne se limite donc pas aux éléments antérieurs à 1960 : il comprend aussi l’histoire de la reconstruction et les choix qui ont façonné la ville actuelle.

Pour préparer votre visite, consultez également notre guide complet d’Agadir.

11. Où retrouver l’histoire d’Agadir aujourd’hui ?

La visite d’Agadir peut se construire autour de plusieurs lieux complémentaires. Certains permettent de comprendre la géographie historique de la ville ; d’autres conservent la mémoire du séisme ou présentent des collections liées à l’art et à la culture régionale.

La Kasbah d’Agadir Oufella : le grand témoin de l’ancienne ville

La Kasbah se trouve sur la colline qui domine la baie. Elle constitue le lieu le plus directement associé à l’histoire ancienne d’Agadir. Les fortifications rappellent les enjeux militaires qui ont marqué le site depuis la période portugaise et la construction de la forteresse saadienne.

La visite permet d’observer la baie depuis les hauteurs et de comprendre pourquoi la colline occupait une position stratégique. Le contraste entre la vue panoramique et les vestiges de l’ancienne forteresse souligne également l’ampleur des transformations provoquées par le séisme.

Il faut toutefois garder à l’esprit que les murs visibles ne restituent qu’une partie de l’ancienne Kasbah. Avant 1960, la colline abritait un quartier vivant, avec des espaces religieux, des équipements collectifs et des habitations. Le séisme a détruit une grande partie de cet ensemble.

La Kasbah est classée monument historique en 1932. Elle a été restaurée en 2002 puis rénovée en 2020. Pour connaître les informations pratiques et le contexte historique du monument, consultez la fiche de la Kasbah d’Agadir Oufella.

Le Musée de la Reconstruction d’Agadir : comprendre le séisme

Inauguré le 27 février 2025, le Musée de la Reconstruction d’Agadir est installé dans l’ancien siège de Bank Al-Maghrib. Il retrace l’histoire de la catastrophe de 1960 et celle de la reconstruction qui a suivi.

Les photographies, les vidéos et les archives permettent de mieux comprendre la ville avant le séisme, l’ampleur des destructions et les efforts nécessaires pour bâtir une nouvelle agglomération. Le musée offre un complément essentiel à la visite de la Kasbah, car il aide à restituer une partie du paysage urbain disparu.

Pour les visiteurs qui souhaitent comprendre Agadir au-delà de son image balnéaire, ce lieu constitue une étape particulièrement importante. Il permet de replacer la ville actuelle dans son histoire récente et de mieux saisir la portée humaine de la catastrophe.

La mémoire du séisme ne se résume pas à des chiffres. Elle concerne les familles, les quartiers, les activités économiques et les liens sociaux qui ont été bouleversés. Les archives et les documents conservés permettent d’approcher cette dimension humaine.

Retrouvez les informations consacrées au musée dans notre fiche du Musée de la Reconstruction d’Agadir.

Agadir Musée d’Art : découvrir les collections régionales

Inauguré en 2023, Agadir Musée d’Art présente des collections liées au patrimoine régional, notamment des bijoux et des tapis, ainsi qu’une donation d’œuvres modernes et contemporaines.

Ce musée permet d’élargir la découverte de la ville au-delà de son histoire militaire et de la catastrophe de 1960. Les objets artisanaux témoignent de savoir-faire et de traditions qui se sont développés dans les territoires du Souss et dans les régions voisines. Ils permettent aussi de mieux comprendre les liens entre la ville, les villages de l’arrière-pays et les cultures amazighes.

Les bijoux, les textiles et les œuvres d’art constituent des sources de connaissance sur les formes, les matériaux, les usages et les sensibilités esthétiques. Ils rappellent que le patrimoine d’une région ne se limite pas aux monuments : il comprend également les objets, les techniques et les pratiques transmis entre les générations.

Pour préparer votre visite, consultez la fiche d’Agadir Musée d’Art.

Le Jardin d’Olhão : un lien avec le Portugal

Inauguré en 1992, le Jardin d’Olhão porte le nom de la ville portugaise jumelée avec Agadir. Cet espace rappelle les relations entre les deux villes et, plus largement, les liens historiques qui unissent Agadir au Portugal depuis la période de Santa Cruz do Cabo do Gué.

Le jardin offre une autre manière d’aborder l’histoire. Contrairement à la Kasbah, il ne s’agit pas d’un vestige de la période portugaise. Il constitue plutôt un lieu de mémoire et de rapprochement contemporain entre deux villes dont les trajectoires ont été liées par l’histoire maritime.

Sa visite peut être associée à celle d’autres espaces culturels de la ville nouvelle pour comprendre comment Agadir conserve et réinterprète différentes périodes de son passé.

Le Souk El Had : un symbole de la ville reconstruite

Le Souk El Had est l’un des lieux les plus représentatifs de la vie quotidienne à Agadir. Reconstruit après le séisme, il s’organise selon un plan de rues perpendiculaires qui facilite la circulation entre les différentes zones commerciales.

Le souk permet de découvrir une autre dimension du patrimoine : les pratiques de commerce, les produits régionaux, l’artisanat et les échanges entre la ville et son arrière-pays. Il constitue un espace vivant où les habitants viennent acheter des produits alimentaires, des objets du quotidien, des vêtements et des articles artisanaux.

Contrairement à la Kasbah, le Souk El Had ne témoigne pas directement de l’ancienne ville détruite. Il raconte plutôt la capacité d’Agadir à reconstruire ses lieux de rencontre et à maintenir une vie commerciale active après la catastrophe.

Pour préparer votre découverte, consultez notre fiche du Souk El Had.

12. Agadir et le patrimoine du Souss : une histoire qui dépasse la ville

Agadir ne peut être pleinement comprise sans prendre en compte les territoires qui l’entourent. La ville est le principal centre urbain du Souss, une région dont l’histoire, les paysages et les activités sont étroitement liés à l’agriculture, à l’artisanat, aux montagnes de l’Anti-Atlas et aux routes conduisant vers l’intérieur du pays.

Le patrimoine du Souss se manifeste dans les traditions amazighes, les villages, les techniques de construction, les bijoux d’argent, les tapis, les produits agricoles et les pratiques culinaires. Il comprend également des paysages et des sites historiques qui permettent de comprendre les relations entre les populations, les ressources et les échanges commerciaux.

L’arganier, par exemple, occupe une place importante dans l’économie et les paysages de la région. L’huile d’argan est devenue un produit emblématique, mais son histoire est aussi liée aux pratiques agricoles, aux savoir-faire locaux et aux activités des communautés rurales.

Les bijoux d’argent constituent un autre élément fort du patrimoine régional. Ils témoignent de traditions artisanales et d’identités locales qui se retrouvent notamment dans les villes et villages de l’arrière-pays.

La gastronomie offre également une porte d’entrée vers l’histoire du territoire. Les sardines, l’amlou, la tagoulla et les produits agricoles illustrent la diversité des ressources et des traditions alimentaires du Souss. Pour approfondir cette dimension, consultez notre guide sur la gastronomie d’Agadir et du Souss.

Les excursions permettent enfin de découvrir des paysages et des établissements qui complètent l’histoire d’Agadir. Taroudant, Tiznit, Tafraout, la vallée des Ammeln et Sidi Ifni présentent des patrimoines différents, mais tous contribuent à comprendre la diversité de la région.

Ces destinations montrent qu’Agadir est à la fois une ville tournée vers l’océan et une porte d’entrée vers un territoire culturel et géographique beaucoup plus vaste.

13. Comment organiser une visite historique d’Agadir ?

Pour découvrir l’histoire d’Agadir, il est préférable de ne pas limiter son programme à la plage et aux quartiers touristiques. Une visite organisée autour de la Kasbah, des musées et du centre urbain permet de mieux comprendre les différentes étapes de son évolution.

En une demi-journée : la Kasbah et la baie

Commencez par la Kasbah d’Agadir Oufella. Prenez le temps d’observer la position de la colline, la baie, le port et l’étendue de la ville contemporaine. Cette première étape permet de comprendre pourquoi le site était stratégique et de visualiser la relation entre l’ancienne ville et la nouvelle.

Poursuivez ensuite votre découverte vers le front de mer. Le contraste entre les espaces ouverts de la ville actuelle et les vestiges de la colline aide à mesurer la transformation du paysage urbain après 1960.

Cette formule convient aux voyageurs qui disposent de peu de temps, mais souhaitent découvrir un aspect essentiel de l’histoire locale.

En une journée : forteresse, mémoire et vie urbaine

Pour approfondir la visite, consacrez la matinée à la Kasbah et l’après-midi au Musée de la Reconstruction d’Agadir. Cette combinaison permet de mettre en relation les vestiges matériels et les documents qui racontent la catastrophe.

Ajoutez, selon votre intérêt, une étape à Agadir Musée d’Art ou au Jardin d’Olhão. Vous pourrez ainsi aborder la culture régionale et les liens historiques entre Agadir et le Portugal.

Terminez par le Souk El Had pour découvrir un espace commercial majeur de la ville reconstruite. Cette visite permet de passer de l’histoire ancienne aux pratiques quotidiennes et à la vie contemporaine.

En deux jours : Agadir et son arrière-pays

Si vous disposez de deux jours, consacrez le premier à l’histoire de la ville et le second à une excursion dans la région. Tiznit permet de découvrir une médina et des traditions artisanales ; Tafraout offre une approche des paysages et de la culture de l’Anti-Atlas ; Sidi Ifni présente un patrimoine architectural et une histoire différents de ceux d’Agadir.

Ce programme montre que l’histoire de la ville s’inscrit dans un ensemble régional. Le port, les routes, les marchés et les traditions artisanales ont toujours relié Agadir à son arrière-pays.

Pour préparer votre itinéraire, consultez nos guides Agadir en 1 jour, Agadir en 2 jours et Excursions depuis Agadir.

14. Quand visiter Agadir pour découvrir son patrimoine ?

Agadir bénéficie d’un climat généralement doux, ce qui permet de découvrir la ville tout au long de l’année. Pour une visite centrée sur le patrimoine, le choix de la période dépend surtout de la chaleur, du vent, de l’affluence touristique et du temps consacré aux excursions.

Le printemps et l’automne offrent souvent des conditions agréables pour visiter la Kasbah, parcourir la ville et explorer l’arrière-pays. Les températures sont généralement plus modérées qu’au cœur de l’été, ce qui facilite les déplacements et les visites en extérieur.

L’été attire de nombreux visiteurs venus profiter de la plage et des activités balnéaires. La ville peut être plus fréquentée, notamment pendant les périodes de vacances. Une visite historique reste possible, mais il est utile de prévoir les étapes extérieures aux moments les plus chauds de la journée.

L’hiver peut également convenir à un séjour culturel. Les conditions météorologiques varient selon les journées, et les excursions dans les montagnes ou les zones rurales nécessitent de vérifier la météo et l’état des routes.

Quelle que soit la période choisie, prévoyez de l’eau, des chaussures adaptées et une protection contre le soleil. Pour les excursions, renseignez-vous sur les distances, la durée du trajet et les conditions de retour. Les paysages du Souss et de l’Anti-Atlas peuvent être très différents de ceux du front de mer.

15. Conseils pratiques pour une visite réussie

Prévoir suffisamment de temps. La Kasbah, les musées et le Souk El Had ne racontent pas la même histoire. Si vous souhaitez comprendre l’évolution de la ville, évitez de tout condenser dans une visite trop rapide.

Associer les vestiges aux documents historiques. Les ruines de la Kasbah montrent la matérialité du passé, tandis que les photographies et les archives permettent de retrouver les quartiers disparus. Les deux approches sont complémentaires.

Tenir compte du relief. La Kasbah se situe sur une colline. Selon les conditions d’accès et la formule de visite choisie, prévoyez des chaussures confortables et vérifiez les informations pratiques avant votre déplacement.

Respecter les lieux de mémoire. Le séisme de 1960 reste un événement profondément douloureux dans l’histoire d’Agadir. Une visite des musées et des vestiges gagne à être abordée avec attention, en gardant à l’esprit qu’il s’agit aussi de la mémoire des habitants et de leurs familles.

Découvrir la culture régionale. Le patrimoine d’Agadir ne se limite pas à la période portugaise ou à la reconstruction. Les traditions amazighes, l’artisanat, la gastronomie et les liens avec les villages du Souss font partie intégrante de l’identité locale.

Vérifier les horaires et les conditions d’accès. Les modalités de visite des monuments et des musées peuvent évoluer. Avant de vous déplacer, consultez les informations disponibles sur les fiches des sites et les canaux officiels concernés.

Prévoir une excursion si votre séjour le permet. Une journée dans l’arrière-pays apporte un éclairage complémentaire sur les relations historiques entre Agadir, les montagnes, les villes de commerce et les traditions artisanales.

Pour compléter votre préparation, consultez la page destination Agadir et le guide complet d’Agadir.

Conclusion : Agadir, une ville dont l’histoire se lit entre les vestiges et la reconstruction

L’histoire d’Agadir est celle d’un site stratégique, d’un port de commerce, d’une forteresse disputée et d’une ville moderne profondément marquée par une catastrophe. Des premières mentions de la région à la présence portugaise, de la Kasbah saadienne au déclin commercial, de la crise diplomatique de 1911 au développement urbain du XXe siècle, chaque période a contribué à façonner son identité.

Le séisme du 29 février 1960 a provoqué une rupture exceptionnelle. Il a détruit une grande partie de la ville, emporté des milliers de vies et transformé le paysage urbain. La reconstruction, menée un peu plus au sud, a donné naissance à une nouvelle Agadir, devenue un centre économique régional et une destination touristique majeure.

Pourtant, l’ancienne ville n’a pas entièrement disparu de la mémoire collective. La Kasbah d’Agadir Oufella, les musées, les collections artistiques et les lieux de vie de la ville nouvelle permettent de retrouver différentes dimensions de son histoire. Ils rappellent que le patrimoine ne se compose pas seulement de monuments préservés : il comprend aussi les archives, les souvenirs, les savoir-faire et les lieux reconstruits.

Visiter Agadir avec cette perspective permet de dépasser l’image d’une station balnéaire. C’est découvrir une ville amazighe tournée vers l’Atlantique, marquée par les échanges commerciaux, les rivalités internationales, la mémoire d’un séisme et la capacité de ses habitants à reconstruire leur cadre de vie.

Pour prolonger cette découverte, explorez également nos guides consacrés à Agadir en 1 jour, Agadir en 2 jours, aux excursions depuis Agadir et à la culture amazighe du Souss.


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Photo de couverture : Kasbah d’Agadir Oufella, Mwintirew, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons.

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