À l'embouchure du fleuve Bouregreg, face à l'océan Atlantique, Rabat occupe depuis plus de huit siècles une position stratégique sur la côte marocaine.
Capitale politique du royaume depuis 1912, la ville conjugue vestiges antiques, forteresse almohade et l'un des plus vastes projets d'urbanisme moderne construits en Afrique au XXe siècle — un ensemble suffisamment cohérent pour être inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012.
Sala Colonia, l'héritage antique
Avant même la fondation de Rabat, le site est occupé par des implantations phéniciennes, carthaginoises puis romaines, sous le nom de Sala Colonia. Ces vestiges antiques, aujourd'hui intégrés au site de Chellah, témoignent d'une occupation humaine bien antérieure à l'arrivée des dynasties musulmanes.
La naissance du Ribat almohade
Vers 1150, le calife almohade Abdelmoumen établit sur la rive gauche du Bouregreg une forteresse fortifiée, un ribat, destinée à servir de base militaire pour les campagnes en Andalousie. Cette fortification donne son nom à la ville : Ribat al-Fath, "le camp de la victoire".
Son petit-fils, le calife Yacoub al-Mansour, entreprend à la fin du XIIe siècle un projet autrement plus ambitieux : faire de Rabat une capitale impériale à l'image de Fès ou de Marrakech. Il entoure la ville d'une puissante muraille de plus de 5 km et lance la construction d'une mosquée monumentale, dont le minaret inachevé deviendra la Tour Hassan. Sa mort en 1199 interrompt le chantier avant son achèvement.
Le déclin, puis le refuge des Morisques
Après la chute des Almohades, la dynastie mérinide lui préfère Fès comme capitale, précipitant Rabat dans une longue période de déclin, la ville se réduisant à quelques centaines de maisons regroupées autour de la kasbah.
Un tournant survient au début du XVIIe siècle : entre 1609 et 1610, le décret d'expulsion du roi d'Espagne Philippe III pousse plus de 13 000 morisques (musulmans d'Andalousie) à trouver refuge à Rabat et Salé. Ces réfugiés restructurent l'ancienne médina et y introduisent leur savoir-faire artisanal, contribuant à revitaliser durablement la ville.
Rabat, capitale du protectorat puis du Maroc indépendant
En 1912, le résident général Louis-Hubert Lyautey choisit Rabat comme capitale administrative du protectorat français, plutôt que Fès ou Casablanca. Il confie à l'urbaniste Henri Prost la conception d'une ville nouvelle, construite entre 1912 et les années 1930 selon les principes de l'urbanisme européen : larges avenues, bâtiments administratifs, quartiers résidentiels et jardins publics, tout en préservant scrupuleusement la médina et les monuments almohades.
Ce dialogue entre patrimoine ancien et urbanisme moderne, unique par son ampleur et sa cohérence en Afrique du XXe siècle, vaut à Rabat son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012. À l'indépendance du Maroc en 1956, la ville conserve son statut de capitale, qu'elle occupe toujours aujourd'hui.
Que voir à Rabat ?
Trois monuments majeurs de Rabat font l'objet de guides dédiés sur MoroccoMuseum, tant leur histoire mérite d'être développée en détail.
Chellah
Nécropole mérinide bâtie sur les vestiges de l'antique Sala Colonia, Chellah superpose les strates de l'histoire de Rabat depuis l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge. → Lire notre guide complet sur Chellah
La Kasbah des Oudayas
Berceau almohade de la ville, la Kasbah des Oudayas domine l'embouchure du Bouregreg et conserve l'une des portes monumentales les plus admirées du Maroc, Bab Oudaïa. → Lire notre guide complet sur la Kasbah des Oudayas
La Tour Hassan et le Mausolée Mohammed V
Minaret inachevé du projet impérial de Yacoub al-Mansour, la Tour Hassan fait face au mausolée abritant les tombeaux des rois Mohammed V et Hassan II. → Lire notre guide complet sur la Tour Hassan et le Mausolée Mohammed V
La médina de Rabat
Partie intégrante de l'inscription UNESCO aux côtés de la Kasbah des Oudayas et de la Tour Hassan, la médina conserve un tissu urbain traditionnel où se mêlent souks, la rue des Consuls et des maisons restructurées par les réfugiés morisques du XVIIe siècle.
Moins vaste que celles de Fès ou Marrakech, elle offre une immersion plus calme, à l'image du caractère globalement posé de la capitale marocaine. On y trouve notamment la rue des Consuls, ancien centre du commerce diplomatique au XIXe siècle, où résidaient les représentants étrangers avant l'établissement du protectorat.
Bab Oudaïa
Chef-d'œuvre de l'art almohade du XIIe siècle, Bab Oudaïa marque l'entrée monumentale de la Kasbah des Oudayas. Sa façade richement sculptée, avec ses arcs polylobés caractéristiques, en fait l'une des portes les plus admirées du Maroc.
Construite sous le règne de Yacoub al-Mansour à la fin du XIIe siècle, elle tire son nom de la tribu des Oudayas, contingent guich installé dans la kasbah au XVIIIe siècle par le sultan Moulay Ismaïl pour y maintenir l'ordre. Sa façade sculptée est considérée comme l'un des sommets de l'art almohade au Maroc.
Bab Chellah
Cette porte historique marque traditionnellement le passage entre la médina et la route menant vers la nécropole de Chellah, complétant l'ensemble des portes monumentales de la capitale aux côtés de Bab Oudaïa.
Comme les autres portes almohades de la ville, elle témoigne de l'ampleur du projet urbain de Yacoub al-Mansour, dont l'enceinte fortifiée s'étendait sur plus de 5 km, flanquée de 74 tours carrées.
Le Jardin Andalou
Aménagé au début du XXe siècle au sein de la Kasbah des Oudayas, le Jardin Andalou offre un havre de fraîcheur en contraste avec les ruelles blanches et bleues de la citadelle, entre parterres géométriques, orangers et fontaine.
Il jouxte le Musée national des Arts marocains, installé dans l'ancien palais du sultan au sein de la kasbah, qui présente une collection de bijoux, tapis, poteries et costumes traditionnels.
Le Musée Mohammed VI d'Art Moderne et Contemporain
Inauguré en 2014, ce musée est le plus grand du Maroc, avec des expositions temporaires internationales et une collection permanente consacrée à l'art marocain du XXe et XXIe siècle. Son architecture contemporaine tranche volontairement avec le patrimoine historique de la capitale.
Sa collection permanente retrace l'histoire de l'art marocain moderne à travers les grands courants qui l'ont traversé depuis l'indépendance, tandis que sa programmation temporaire accueille régulièrement des artistes internationaux.
Découvrir le Musée Mohammed VI
Le Musée de l'Histoire et des Civilisations
Ouvert en 1932 puis rénové en 2017, cet établissement conserve certaines des plus importantes découvertes archéologiques du Maroc, dont les célèbres bronzes antiques provenant du site de Volubilis.
Parmi les pièces majeures figurent le buste du roi Juba II et le célèbre "Chien de Volubilis", tous deux découverts sur le site archéologique romain de Volubilis, près de Meknès.
Découvrir le Musée de l'Histoire et des Civilisations
La Cathédrale Saint-Pierre
Édifiée durant le protectorat français et achevée en 1930, la Cathédrale Saint-Pierre illustre l'urbanisme et l'architecture Art déco qui caractérisent la "ville nouvelle" voulue par Lyautey. Ses tours jumelles blanches en font un repère visuel du centre-ville.
Ses deux tours blanches jumelles, visibles depuis plusieurs points de la ville, en ont fait un lieu de tournage occasionnel et l'un des repères architecturaux les plus reconnaissables du Rabat du protectorat.
Découvrir la Cathédrale Saint-Pierre
Se déplacer à Rabat
Rabat dispose d'un tramway reliant plusieurs quartiers clés, dont la médina et l'agdal. Les petits taxis circulent au compteur pour les trajets courts. La ville est desservie par le train à grande vitesse depuis Tanger et Casablanca, ainsi que par l'aéroport international Rabat-Salé.
Rabat, entre mémoire impériale et modernité
De Sala Colonia à la ville nouvelle de Lyautey, en passant par le ribat almohade et le refuge des morisques, Rabat a accumulé des strates d'histoire aussi denses que son statut politique actuel.
Cette continuité entre passé et présent, rare à cette échelle, fait de la capitale marocaine bien plus qu'un centre administratif : un patrimoine vivant, reconnu par l'UNESCO comme l'un des grands projets urbains du XXe siècle.
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Le patrimoine marocain ne se résume pas à un seul lieu. Palais, médersas, musées, sites archéologiques et monuments racontent chacun une partie de son histoire.
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